lundi, novembre 28, 2005

Miroir

Il s'est caché derrière le miroir pour l'espionner, pour pouvoir l'approcher sans être vu, pour peut-être l'effleurer, sans qu'elle sente et qu'elle croit à une poussière ou une plume tombée du ciel. Il pense qu'il va pouvoir rester ainsi toute sa vie, car il se sent bien, il trouve sa position, et surtout il pourra voir son visage tous les matins, tous les soirs, maquillé, froisé, éteint, allumé, frais, sale, humide, sec, luisant, détendu, ivre, angélique... la plupart du temps, c'est ainsi qu'il le voit... Cette fille est un ange. Son visage est pur, son regard est candide, son nez aquilin, ses yeux délicatement formés en amande, ses pomettes marquées et relevées. La lumière, installée au dessus du miroir, lui va bien, et les rendent saillantes comme une fleur au bout de sa tige. Toutes les formes de son visage sont si parfaites, si asymétrique, qu'il n'a pu en décider autrement. S'il veut vivre avec elle toute sa vie, ce sera derrière son miroir. Lorsqu'elle partira de cette maison, il le suivra. Peu importe où, il irait au bout du monde pour elle.
Elle ne veut plus jamais le revoir.
Peu importe les images. Peu importe les hommes qui passeront également devant cet objet sans teint. Peu importe les scènes dont il sera le témoin, le voyeur, la victime. Peu importe la souffrance, tant qu'il est avec elle.
Pour toujours.
Il pourrait passer le bras autour de son cou, il pourrait l'embrasser, lui caresser le visage, cogner doucereusement son front contre le sien, l'observer, jouer avec ses longs cils, la maquiller, la coiffer. Il pourrait...
Il se réveille.
Seul, dans sa chambre.
Sale, en désordre.
Il pensait qu'il passerait toute sa vie derrière un miroir, chez la femme qu'il aime, chez la femme de sa vie. Avec et sans elle. Il pensait avoir trouvé le moyen, sans être vu, sans avoir besoin de manger, de bouger, sans à peine respirer, d'être avec elle. Un moyen quasiment impossible, improbable.

Je crois qu'il l'a rêvé.

vendredi, novembre 18, 2005

Silence

Sans bruit, il s'est approché, il a cru bien faire en restant discret, mais son souffle dans le cou l'a tant effrayée qu'elle aurait pu hurler de peur. Elle ne le trouve pas drôle, préfèrerait les mots aux souffles... Pourquoi jouer à ce jeu, double, si silencieux, à demi-mot?... Que faut-il pour éclore un seul son de sa bouche.
Elle se souvient de ce jour.
De ces moments.
Le vilain lui a fermé la porte au nez de ses rêves. Jour et nuit elle attend, scotchée devant son portable. Un son, une voix, un bonjour, une croix, non, un geste de sa part.
Une larme coule sur son visage, lui déchire la peau de son sel, trop piquant.
Un mot, un seul, lui rendrait l'âme sereine.
Putain de téléphone portable, qui ne vibre pas, qui ne respire pas, dont la lumière ne s'allume pas.
Aucun bruit.
Elle ne va tout de même pas se jeter par la fenêtre...
Peut-être ne le saura-t-il jamais...
Puisqu'il n'y pense pas.
Puisqu'il l'a oubliée.
Fenêtre.
Cours.
Silence.
Chute.

Lumière

Elle est sa lumière, depuis ce jour-là. Avant il ne voyait rien. Avant il était perdu, embué au milieu de toutes ces autres, de toutes ces pauvres... Il ne voyait rien.
Que le sol.
Sous le sol, le noir.
Le bruit de ses pas reflète les palpitations de son coeur.
Il l'entend arriver. Il a du mal à respirer. Son coeur palpite de trop.
Maintenant.
Il attend, il aime. Il patiente, comme il dit; il comprend, comme il dit encore.
La vie ne lui semble plus si futile désormais. Il n'a peur de rien, il souffle... De bonheur... Enfin. Pour la première fois depuis si longtemps. Car elle est devenue sa lumière, son aurore. Il l'a retrouvée... Celle qui l'aide à respirer, à enchaîner chaque battement de son coeur de façon si continue, après s'être emballé, extasié. Il se sent léger, emporté, enlassé, enivré, enfiévré...
Mais il a peur. Peur de l'aimer. Trop tôt, sans elle, sans son coeur à elle.
Son coeur ne bât pas. Il le sait, il le sent, alors il souffre, même s'il n'est que de passage, il se rend compte du risque qu'il prend. Il risque de pleurer autant qu'elle ne versera pas une goutte. Pas une larme.
Il l'aime, elle le sait, elle le sent, si vite, si brusquement. Pourquoi elle? se dit-il... Parce que.
Parce qu'elle sourit, parce qu'elle grimace, parce qu'elle est belle, parce que c'est elle.
C'est tout.
Il ose.
Il prend le risque.
Peut-être pour ne jamais aller au bout... Parce qu'elle n'a pas confiance, parce qu'elle se méfie, parce qu'elle ne croit pas en lui, elle ne le veut pas, elle le désire, mais ne le croit pas...