lundi, février 18, 2008

Devine

Devine un peu la couleur de mes lèvres, je ne suis pas certaine que tu puisses la retrouver dans les ténêbres de tes souvenirs. Essaies… Devine... Et si tu plonges tes espoirs dans les photos que tu as gardées, tu perdras ton temps, tu n'y verras qu'une image, qu'un soupçon de ce qu'elles étaient réellement. Tu ne devineras jamais ce qu'elles cherchaient, ce qu'elles attendaient. En revanche, je me souviens des tiennes, et j'arrive encore à deviner ce qu'elles ressentaient. Elles avaient la couleur bleue de ma tasse, la couleur de mes larmes, couleur de la froideur avec laquelle tu as abandonné les espoirs. C'est aussi parce que tu n'as pas cherché à deviner, c'est étonnant, de n'être que si peu curieux... Regarde le lac, regarde son eau limpide, elle est bleue. Devine ses vagues, elles n'existent pas puisque c'est un lac dont le linceul est une toile voilée, son manteau, couvrant une peau douce, fluide, amère, pénétrante... S'il te plait, essaie de deviner, juste une seconde, en fermant les yeux, voilà, tout doucement… Dans l'obscurité, tu peux plonger, je sais que le noir est fortune du souvenir, de ta mémoire. Rappelle-toi, peut-être alors devineras-tu mes sentiments, mes espoirs, mes envies... Cette brume. Entre toi et moi, entre lui et moi, entre eux et moi. Et c'est moi qui sans cesse cherche à deviner les charmes, les pouvoirs, les angoisses… Je ne trouve que des raisins noirs, alors que je ne veux que du bleu, je ne veux que deviner. Eclairez-moi… J'ai peur. Il n'y a que cela entre Amour et Moi, le frisson, l'adrénaline, et ce n'est pas un miracle, si bien que je dois m'efforcer de ne plus rien chercher, ni deviner. Je crois que seul l'oiseau rapace connaît, peut s'enivrer, brûler, consumer, non pas la cigarette, mais plutôt le coeur... Je veux frémir, laisser bouillir mon sang, gonfler le maître, et ça tu ne l'as pas deviné... Alors c'est vers le ciel que je lève les yeux, vers le bleu azur, vers les ailes, elles frappent les nuages pour ouvrir et dessiner un chemin. C'est ainsi que, lentement, plane au-dessus de nous, l'aigle… Il plongera, m'attrapera pour me donner enfin ce que j'attends depuis si longtemps, depuis toujours… Il devinera le moment opportun pour me jeter au visage le grand poison, le meilleur...

Merci Jean Ferrat