lundi, octobre 31, 2005

J'ai aimé

Assise là, fatiguée, j'ai fermé les yeux.
Prise dans un étau, ma tête est partie là où elle ne s'était jamais rendue. Là où je ne l'avais jamais aventurée. Peut-être n'avais-je jamais fermé les yeux au bon moment... peut-être n'en avais-je jamais eu autant dans le sang...
J'ai eu l'impression qu'une force étrange, d'une violence exacerbée, m'enfonçait dans le sol. Puis que soudain mon corps planaît, décollait, telle une fusée. L'impression que je ne tenais plus en place, que je n'étais plus maîtresse de mes sensations physiques. Les sourcils froncés je me suis tenue à mon siège. J'étais suffisamment lucide, je crois, pour sentir ma peur, si bien que j'ai ouvert les yeux. J'ai cru attérir. J'étais toujours dans le RER. J'ai essayé d'enfoncer mes pieds, car je ne sentais plus mes jambes, comme si elles n'étaient plus attachées au sol, comme si elles s'envolaient. J'avais si peur de m'envoler et de ne plus pouvoir me reposer... j'ai vraiment cru partir. Le train n'allait pourtant pas si vite, pour moi il atteignait les 200 kms/heure.
Il faisait noir dehors. L'homme assis à côté de moi l'était aussi. A-t-il senti mon enivrement? Je crois que je n'ai pas bougé d'un poils, je crois que j'ai tout rêvé. Même mes mains accrochées à mon siège, car mes bras sont croisés. Je respire profondément, mon coeur palpite.
Le train va moins vite. J'ai l'impression.
Je souris
J'ai aimé.
Mais putain, qu'est-ce qu'on m'a mis dans mon verre?
Drogue, Substance? Paris est dangereuse...
Je n'ai pas beaucoup bu et je suis partie si loin. Je n'y étais jamais allée.
J'ai aimé.
Retournerai-je dans ce bar?
Demanderai-je le même verre?
Je ne suis pas allée aux toilettes.
Le bar-man semblait tout à fait honorable. J'y retournerai.
J'ai aimé.

lundi, octobre 10, 2005

Transparence

Regarde comme les paysages deviennent transparents sous les nuages. Regarde comme il m'est si difficile de les percevoir. Je fronce les sourcils mais je ne discerne pas ce qui tout à l'heure était tout près de mon oeil. Comme la vue n'a plus du tout les mêmes facettes. Comme tout semble si différent. Il suffirait pourtant de simplement passer au travers de cette nappe blanche et impalpable, pour que tout s'éclaircisse à nouveau. Redécouvrir ce monde qui nous a oublié. Déjà. Ce monde dont nous sommes si loin.
Quelques plumes viennent nous carresser le visage. Tout est blanc, t'as vu? Tout nous paraît si pur, si frais. Tes mains sont froides, pourtant je vois le soleil s'y refléter. Il est si proche de nous. Illuminée par mes nouveaux sens, je m'aperçois que ce ne sont pas tes mains qui se glacent. Ce sont les miennes. Je ne te touche pas.
Regarde comme il fait beau de là où nous sommes. Regarde, la pluie ne nous touche pas. Regarde, nous sommes insensibles. Regarde, je passe ma main au travers de ton corps. Regarde. Regarde, je ne te vois plus. Où es-tu? Je te voyais il y a deux secondes et tu as disparu...
Tu voles?
Reviens.
Regarde. Regarde les anges autour de toi, ils te font signe de sourire, de rire et de danser au rythme de leur harpe. Regarde, elle brille. Sa couleur dorée reflète celle du soleil. Il nous réchauffe de plus en plus. Regarde, ma main rougit. Regarde, je n'ai plus froid. Regarde, je pleure. Je crois. Mais pourquoi je n'arrive toujours pas à t'atteindre? Tu es transparente.
Viens près de moi que je te sente. Viens près de moi que je te regarde.
Regarde, j'ai chaud. Regarde je suis nue! Sous les rayons torrides, ma peau ne noircit pas. Ma main n'est plus rouge, elle est beige. Elle a apprécié cette température violente qui lui était inconnue et n'a pas pour autant brûlée.
Regarde, je m'habitue. Regarde comme je suis Heureuse.

samedi, octobre 01, 2005

Fleur

Prises comme dans une rafale, d'immuables senteurs forment ce nuage envoutant. Tous ces cadavres de flacons odorants, empilés et renversés, se confondent et s'imprègnent entre eux. Aucun détail ne permet de les différencier; jasmin, lavande, vanille, musc, poire, pomme, embellissent une atmosphère sucrée, comme une poupée de cire enjolive une image figée; poupée rose, poupée orange, fleur, fruit. D'interminables chemins sont tracés. On pourrait les suivre. Ces ondes amères et sauvages, enivrantes et sensuelles, couleraient sur nos visages épurés. L'on pourrait s'endormir en les écoutant bourdonner au dessus de notre bouche, entrer en nous et nous parfumer pour toujours d'une touche suave et romantique. La chair gonflerait de plaisir, souffrant de ne pouvoir l'exprimer autrement que par une rougeur piquante, rougeur de plaisir et de souffrance.
Celle-ci surplombent les autres, elle les bât, suspendu en haut, et comme une sauterelle, se déplace partout pour envahir d'une vapeur glorifiante son bouquet d'effluve. Telle une fleur déployant toutes ses armes, la voilà qui inonde les lieux; la lavande, la vanille, la rose, le musc sont consumés. Elle s'appelle Lys. Enivrante ne demande pas à vivre. Elle vit. S'imprègne. Captivante déploie ses charme sans effort, se colle au cou, au poignet, pour ne plus jamais s'en échapper. Elle est reine des corps, reine des peaux, reine des fleurs.
Elle est à moi.
Je suis à elle.