dimanche, mars 26, 2006

Décalage

Il ne s'agit pas d'horaire non, mais d'humeur, je dirais. D'humeur et d'esprit. C'est comme une poire prise pour une pomme. Comme une femme prise pour noix... Oui, c'est ce qu'on aurait dit il y a quelques décennies... Aujourd'hui on dirait "prise pour une conne". On n'aimait pas tellement... On regardait pourtant... On suivait pourtant... Je dirais qu'il s'agit alors de faiblesses, de lacheté, de choses mises à la place du cerveau... Essayons d'être poétique. Oui, c'est ça; la poésie. Qu'y-a-t-il de plus envirant que la poésie, dans ces moments là? Les poètes comprennent, ce sont les auteurs les plus flous et en même temps les plus concrets... La vie, la mort, l'amour. Oui, l'amour, ce grand oiseau... celui qui dépasse, celui qui vaut d'être vécu. Sans décalage. Avec une oreille, des yeux. Pas seulement l'oreille, mais l'écoute qui va avec. Pas seulement les yeux, mais le regard qui suit, qui pénètre, qui parle.
Trop de distance, il s'agit peut-etre de frontières franchies et désormais infranchissables. Plus possible de faire demi-tour, de revenir en arrière.
Silence, dégoût, soulagement.
C'est ça le décalage.

jeudi, mars 23, 2006

Elle plonge

Elle se fait mal, très mal.
Elle plonge, jusqu'à perdre le souffle. Au fond... Tout au fond.
Et là, il n'y a personne pour la remonter.
Elle croyait avoir raison, elle s'est trompée.
Quel drôle de sens! Celui qu'elle choisit ne facilite rien. Il est dangereux.
Impossible de suivre son instinct, elle l'a perdu. Elle n'en a plus.

lundi, mars 13, 2006

Rosalie dans le métro

Les gens marchent vite, les gens se bousculent, les rails sont proches, la rame approche.
J'ai peur, j'ai chaud, ça pue, je déteste...
Et pourtant, il se passe tant de choses ici... tous ces regards... Et cette atmosphère à part, cette ambiance unique.

Rosalie monte et s'assied là où un clodo a dû s'asseoir à cette même place il y a peut-être quelques minutes. Elle ne le sent pas encore, mais une odeur monstrueuse est en train de s'inscruter entre les mailles de son manteau. Elle sort son bouquin, et avant de s'y plonger, regarde la femme assise en face d'elle qui, dès que le train ne gigote pas dans tous les sens, essaie désespérément de mettre du masquara sur ses cils. Elle y arrive, mais Rosalie se plait à regarder sa lutte...
Il a plu, il fait moite dans le métro. L'humidité fait briller les peaux, et Rosalie sent que son front a perdu la poudre qu'elle a mis dessus avant de partir.
Rosalie lit.
Même si son livre la passionne, elle lève régulièrement la tête pour voir qui se met en face d'elle, à la place de la jeune femme qui est partie avec son masquara. Elle se décalle pour laisser passer quelqu'un qui s'assied à côté d'elle. Ce quelqu'un dix fois trop gros est venu se faufiler et se mettre juste là, à cette place, rien que pour faire chier le monde et surtout
Rosalie, qui est obligée de sortir la moitié de ses fesses de son siège pour ne pas être collé.
Rosalie n'arrive plus à lire, les gens bougent trop, ils font du bruit, toussent, mangent. Celui qui a toussé a laissé remonter un molard, Rosalie a eu envi de vomir en l'entendant, ceux qui mangent ont empesté le wagon de leur malbouffe.
Rosalie est dégoûtée.
Rosalie sort enfin, pour changer de ligne.
Sur un autre quai elle attend.
Le train arrive.
Elle monte et s'assied de nouveau. Elle croise un regard. Celui d'un homme. C'est le regard qu'elle attendait. Elle n'aura rien de plus. Peut-être un peu plus de confiance... ce qui est déjà pas mal.

samedi, mars 11, 2006

Rosalie s'est fait mal

Je me suis coincée les mains dans la porte.
Et maintenant je saigne, c'est malin.

Rosalie ment

Rosalie prend son téléphone et l'appelle. Depuis des mois elle y pense. Normal, il la hante depuis des années. Elle se bouffe les doigts en pensant à lui, même si elle ne le voit plus depuis des siècles. Dans une rivière elle laisse tomber ses ongles et ses peaux et devine le reflet de son visage. Les cheveux bruns, presque grisonnants... Tout à fait grisonnants oui! Cette image que le lac lui renvoie lui fait mal au coeur.
Elle prend son téléphone et l'appelle. Elle repense à cette journée qu'elle a passé près de l'eau. Pourquoi l'eau lui a tant donné? Pourquoi le liquide est entré en elle comme le souvenir de l'homme est encré en elle?
Elle compose le numéro. Elle frissonne. Son coeur bât. La chamade? Sagan? Elle se souvient du visage de Catherine Deneuve allongé sur le torse de son amant. Elle entend le coeur battre. Le mien, pardon, le sien bât. Elle marche dans la rue sombre et mouillée par cette pluie fluette et salissante... Il fait frais et en même temps assez lourd, elle a chaud, froid. Ca sonne.
"Alloooo!" Il est en forme, le salaud.
"Allo, A.?".
" Oui!".
"C'est Rosalie"
La voix change, elle est soudainement beaucoup moins en forme. Connard. Elle fait comme si elle ne remarquait pas ce changement subi. Elle fait comme si... Elle a l'habitude avec lui. Mais elle est bloquée et ne peut plus rien dire. Impossible de trouver les mots. C'est toujours comme ça. Elle se renferme, Rosalie, elle ne peut pas faire autrement. Pourtant, elle sait bien l'ouvrir sa gueule quand il le faut. Elle sait se défendre. Mais le vaurien la terrorise. Rosalie, prends sur toi, concentre toi, c'est quand même pas compliqué, il n'est pas là, en face de toi, il ne va pas te mordre!!! Parle!!! Eh bah non, elle l'écoute raconter ses trucs de merde, dont elle se contre fout. Il n'est pas naturel. Il n'est pas simple. Je pense que s'il était en face d'elle, elle lui foutrait sa main dans sa gueule de bouffon. Dans ses rêves oui!!! Elle n'oserait pas. Elle l'écouterait cet hypocrite! Elle préfère rester polie. De visu, elle aurait tout autant fait mine de... De ppfff, merde, comme d'hab, d'avoir le sourire, et de dire que tout va très bien. Superficiel.
"Je vais me marier".... Silence. "C'est pour ça que je t'appelle en fait, je voulais que tu sois au courant..."
Ce mensonge plus fourbe, plus malsain, plus déloyal que cette personne, rend Rosalie si forte qu'il devient naturel , bienvenu et plus honnête que tout.
Il ne répond pas, il est mal le gros con. Il sera encore plus mal quand il se sera pris aussi ça dans sa gueule:
"Je suis enceinte"
Il ne dit rien.
Elle ne se contrôle plus, elle veut l'enfoncer. Il est en voiture, il pleut, il fait nuit, il va peut-être avoir un accident. Mais elle n'en a rien à foutre, peu importe, elle le déteste tant que son amour pour lui la rend imprévisible et insensible.
"Mais c'est génial"... Menteur.
"Attends euh... jte rappelle Rosalie, je conduis, il pleut, euh... Je t'embrasse... Ciao!!"
Rosalie a retrouvé la parole...
VA TE FAIRE FOUTRE!

jeudi, mars 02, 2006

Rosalie s'en fout

Elle a grossi, mais elle s'en fout. Elle ne veut même plus se peser, elle risquerait de chialer comme une pauvre fille qui n'assume pas ses excès et ses pulsions. Bah oui! si tu te laissais moins aller, ma pauvre, tu serais moins grosse. Et ce n'est pas le sport, allez, le mini sport que tu fais une fois tous les quinze jours, qui va arranger ton sort.
De toutes façons, tu t'en fous, tu t'en moques, je sais que les cacahuètes tu les boufferas, que la vinasse tu la boiras, et le chocolat tu t'engloutiras... Parce que cet élémént ne peut entrer en toi que violemment. Il est essence même du réconfort, du soulagement...
Pour quoi? Pour qui?
Jte le demande!!
Tu dis que tu t'en fous, mais tu sais que ce n'est pas comme ça qu'on refait les choses, qu'on refait le monde. Arrête de croire que tout ira mieux comme ça. Arrête de nous le faire croire, tu n'es qu'une menteuse, une trafiquante, imposteuse (ça se dit pas mais moi jle dis!), je n'ai plus confiance en toi.
Rosalie, j'ai cru bon de t'offrir mes soins. Je t'ai faite Reine, j'ai voulu que tu sois heureuse, accomplie, mais mon éponge est essorée, elle n'a servie à rien... Je suis fatiguée.
J'ai cru bien faire, j'aurais pu aller plus loin, donner plus, mais (comme dirait l'autre!) que de soins perdus... mes efforts m'ont épuisée pour rien. Quand je te regarde, après tout ce tumulte, je ne vois rien de brillant dans tes yeux, je ne vois rien de précieux, je ne vois plus rien.
Et tu t'en fous. L'important est ailleurs. L'important n'est plus là, près de toi. L'important t'échappe, l'important est à des milliers de kilomètres... L'important c'est lui.
Donc peu importe nous, les autres, nos yeux, nos pensées... Ton poids, tes grimaces, tes cernes, tes humeurs.
Je comprends que tu t'en foutes!