dimanche, octobre 29, 2006

Rosalie savait...

Elle le sentait, s'en doutait, mais comme elle savait aussi qu'elle n'avait pas le choix, elle essayait de ne pas trop y penser. Elle a senti son portable vibrer dans sa main, elle a baissé la tête, et ouvert le clapet. Message. Elle sourit, même si elle savait.
Rosalie n'a pas repris ses bagages. Rosalie n'a pas pris le risque.
Et lorsqu'elle s'est retrouvée dans la cage d'escalier, elle a cherché dans son sac, une cigarette. Le même paquet que la dernière fois. Elle n'y avait plus touché... Cette fois où elle avait volontairement brûlé ses poumons avec cette profonde bouffée. Elle l'allume, elle veut enfumer l'immeuble. Elle veut s'enfumer elle-même. Avant de le retrouver.
Rosalie arrive devant la porte. Cette porte qu'elle connait par coeur. Cette porte qu'elle ne pensait plus jamais franchir. Elle pose sa main dessus, comme pour essayer de sentir l'atmosphère qui trône juste derrière. Elle carresse le bois, avant de laisser son front délicament se déposer dessus. "Est-ce que j'ai bien fait de venir?" Elle a peur. Mais elle veut. C'est bon d'avoir peur. C'est bon de sentir son ventre tiré, c'est bon d'avoir le vertige, le coeur qui explose, c'est bon de ne plus avoir la force de décider et de réfléchir. C'est bon de se laisser aller. Elle frappe. Ses jambes ont du mal à la tenir encore debout... Si bien qu'elle doit bouger... Rosalie tourne les talons.
La porte s'ouvre. Rosalie s'arrête net, le dos tourné. Elle veut partir, elle ne veut pas le voir, elle ne peut pas. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû.
"Attends!"
Elle ne se retourne pas, elle ne veut plus. Parce qu'elle sait. Elle sait que ça ne changera pas. Elle sait qu'elle n'aura pas plus le choix.
Elle l'emmerde.
Elle se casse.
Si elle s'était retournée, elle aurait craqué. Le son de sa voix a déjà vibré dans son corps, si elle avait seulement aperçu sa silhouette, son ombre, elle n'aurait pas pu résister. Si elle avait croisé son regard, son sourire, elle serait restée.
Elle savait.

samedi, octobre 14, 2006

Rosalie n'a pas le choix

Elle n'a pas eu le choix. Elle a dû, cette fois encore, obéir à une bonne volonté, bonne pour certains, mais seulement certains... De toutes façons elle n'a pas eu le choix. Parce que de toutes façons elle ne doit pas décider. Ce n'est pas grave... On va dire que c'est à peu près toujours la même histoire. Rosalie n'est pas perdue, Rosalie a juste l'habitude. Rosalie en a un peu marre. Rosalie est fatiguée.
Alors Rosalie a pris son sac, ses fringues, ses affaires, elle a fermé la porte sans se retourner, sans chercher un regard, ni même un geste. Elle a commencer à descendre les marches une à une, le plus lentement possible, espérant entendre un crissement, un malheureux son... Un appel. Rien. Oui, toujours rien. Le bois des marches craque sous ses pieds, c'est la seule chose qui vient à ses oreilles. Rosalie n'a pas le choix, elle ne peut pas prendre l'ascenseur, il n'y en a pas! Elle voudrait aller plus vite, mais ne peut pas dévaler les escaliers avec des talons de 8 cms. Elle aimerait sortir de là. Ne plus revenir. Plus vite. Plus vite.
Elle n'a descendu qu'un étage, Rosalie. Je crois qu'elle pense trop. Son énergie est canalisée dans sa tête et pas dans ses jambes. Rosalie n'arrive pas à tout faire.
Pas de bruit. Vite. Porter. Ecouter. Entendre.
Rosalie s'arrête. Elle s'assied sur une marche. Elle s'en fout.
Elle allume une cigarette, la dernière de son paquet. La dernière tout court.
Rosalie n'a pas le choix.
Elle tire une bouffée de nicotine. Profondément. Jusque dans ses poumons. La plus grosse bouffée. La plus toxique.
Elle la rejette.
Rosalie n'a pas le choix.
Rosalie n'aura jamais le choix.
Elle éteint sa cigarette, à peine consommée. Elle se lève, resdescend les escaliers, sans écouter, en faisant du bruit, dévalant les marches deux à deux, pressée, pour respirer, vivre, en finir, larguer, jeter, vider, abandonner, claquer, frapper, changer.
Rosalie s'est, le temps d'un instant, donné le choix.