dimanche, janvier 29, 2006

Elle aurait aimé

Elle aurait aimé...
Avoir quelqu'un à qui se confier, quelqu'un à qui parler, à qui donner, à qui offrir. Quelqu'un avec qui dormir. Quelqu'un à protéger. Une partenaire, un partenaire. Un égal. De même racine, de même sang. Avoir les mêmes yeux, ou peut-être les mêmes mains. La même couleur de peau, la même forme des lèvres, ou des yeux. Etre énervé pour les mêmes choses, les mêmes réflexions... Ne pas être seul face aux crises, disputes, séparations. Pour enfin, aimer les mêmes personnes, les mêmes adultes... Les mêmes parents.
Il n'en est rien.
Elle est seule.
Alors elle s'est inventée une vie. Elle s'est donnée des partenaires, les fameux, ceux qui pourraient remplacer celui ou celle qu'elle n'a pas pu avoir. Imaginaires ou réels, elle en a connu plusieurs. Dans sa chambre, petite, elle parlait toujours à l'un deux. A l'école, en classe, elle avait toujours une soeur de coeur, avec laquelle ses rapports ne pouvaient être autrement que passionnels.
Puis le jour est venu où elle a menti et trahi... Elle a fait comme si... Comme si un de ses personnages imaginaires existait vraiment. Elle a fait croire que... Elle n'aurait jamais cru être capable d'aller aussi loin, mais elle voulait être comme tout le monde.
Elle aurait aimé avoir un frère ou une soeur. Elle n'en a pas eu. Elle aurait aimé jouer avec quelqu'un, prêter sa barbie ou voler une voiture. Une miniature en fer. Bleue, verte, rouge. Celle de son frère. Celui qui n'existe pas. Elle aurait aimé coiffer une petite pelluche vivante. Blonde, brune, rousse, bouclée. La chevelure de sa soeur. Celle qui n'existe pas.
Elle est seule.
Alors "pour faire genre", comme on dit, elle a fait comme si... Lorsque l'âge des nouvelles rencontres est arrivé, lorsqu'elle est rentrée dans le grand bain de la vie, presqu'adulte, et qu'elle a rencontré diverses personnes, toutes ignorantes de sa vraie vie, elle leur a dit qu'une soeur avait suivie sa route. C'était faux. Jalouse, malheureuse, perdue, elle s'est confondue dans ses propres mensonges, honteuse et ridicule le soir en rentrant chez elle, elle se frappe la tête contre la vitre, elle se juge, elle se déteste... se méprise.
Pourquoi vivre à travers un mensonge aussi ridicule? Une fois qu'il est né, il n'est plus possible de l'effacer. Impossible de revenir en arrière.
A ce jour, elle ne sait même plus ce qu'il en est, elle ne connait même plus les histoires inventées, les mélanges, les fourberies cachées. Oui, il s'agit de fourberie, car mademoiselle est fourbe, et aujourd'hui, elle se sent sale, mauvaise. POURQUOI?
Elle a perdu son frère ou sa petite soeur, elle a perdu un compagnon, ce bébé qui devait pousser dans le ventre de sa maman, il n'a pas eu le temps de respirer, de prendre l'air... Il n'a pas pu EXISTER. Il fallait qu'elle trouve le moyen de le faire vivre malgré tout, non?

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