Elle me suit, me poursuit, peut-être me guide, mais elle m'étouffe aussi, elle sait tout, devine tout, voit tout. Je ne peux pas l'attraper, car elle m'arrache mon image et, teigneuse qu'elle est, me la vole, et en fait ce qu'elle en veut. Je ne suis plus moi, je suis ce qu'elle regrette ne pas être. Vivante, réelle, concrète. Insoupçonnable, elle se sert de ses dons pour me réduire à néant, afin d'être plus belle, puisque vue de personne, et donc insensible aux âmes vivantes, elle est libre de se fabriquer son image. Ces autres qui sont comme elle ont peut-être la même aigreur, la même envie de salir, de projeter faussement, de grossir, de salir. Je ne les connais pas et je ne veux pas les connaître. Je veux me reconnaître en ceux qui vivent la même souffrance que moi, la même lutte. Je veux respirer tranquillement, sans me sentir juger ou happer de toute mon énergie. Mais cette monstrueuse cible, je ne peux pas la toucher, ni la détruire, elle trop abstraite, et pourtant elle est en moi, avec moi, pour toujours, elle me suivra, me poursuivra, me guidera, peut-être, et m'étouffera, mais ne sera jamais ce que je suis; vrai, sensible, humaine, réelle... Tu n'es que mon ombre et ne te fourvois pas dans ce mensonge, ton mensonge, que tu te persuades être vrai. Cherche quelqu'un d'autre à salir, ce n'est pas en jettant de ton venin que tu existeras.
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