lundi, juin 06, 2005

A pas lent (3)

Il s'est levé ce matin, le coeur lourd, trop lourd. Il s'en veut, il va faire du mal. Il a mal au ventre.
Il sait très bien ce qu'il va aller faire aujourd'hui. Sa femme est là, dans la salle de bain. Une belle salle de bain qui donne sur leur chambre. Dans un bel appartement. Il l'aime sa femme, mais cette jeune femme l'a bouleversé. Il ne pense qu'à elle. N'en dort plus la nuit. Son regard a changé, des cernes se sont creusées sous ses yeux que les années commencent à marquer. Et sa femme ne voit rien, ne lui dit rien. Le fait-elle exprès? Si elle disait quelque chose il se sentirait moins seul. Peut-être même lui aurait-il avoué son trouble, et le mal qui en découle... Après tout ce qu'ils ont vécu, il aurait pu. Elle l'aurait compris, elle le connaît si bien. Mais le connaît-elle si bien justement? Ne voit-elle pas combien il est tourmenté, absent? Il la voit se maquiller et, soudainement, s'empare de lui un sentiment d'amertume si profond que lorsqu'il se lève pour aller se servir un café, il claque la porte de la chambre. Il prend le risque d'éveiller la surprise. Pas plus, finalement! Elle arrive à son tour dans la cuisine, lui caresse le front, comme à l'ordinaire et l'embrasse au même endroit, fini son café, dernière gorgée qui l'attendait froide au fond de sa tasse. Mais qu'elle est belle! Même au matin avec peu de sommeil, son visage est bien lisse, doux. Il détourne le regard, culpabilisant de ses pensées. Elle sort, elle n'a pas demandé pourquoi il avait claqué la porte. Il aurait tellement aimé. Il aurait tellement voulu lui dire qu'il est mal, qu'il ne comprend pas ce qui lui arrive. Ils se sont toujours tout dit. Il sort de la cuisine et à ce moment, "à ce soir!" l'arrête net dans l'entrée du couloir. Il ne répond pas. Il est là, seul, "les enfants ne sont pas là? Mais oui c'est mercredi, ils ont dormi chez ses parents. Que vais-je faire maintenant?" Il est 8h30, il part dans la salle de bain d'un pas si peu certain, qu'il se demande si la décision qu'il vient de prendre est la bonne. Il prend une douche. Lorsqu'il en sort, un sanglot violent le saisit; sa respiration est coupée, fracturée par eux. La serviette dans la main, il s'essuie son visage avec. Ses larmes qui coulent tout du long, le grattent, le dégoûtent; il n'a pas l'habitude... Il se regarde dans la glace, se déteste, ses yeux sont rouges, il pleure encore, il a honte. Et maintenant pris d'un sentiment étrange de fureur, il prend le flacon de son parfum posé sur l'étagère et le jette sur la glace... Elle se brise en milles morceaux. Il devient soudainement impassible, après avoir pris conscience de l'état dans lequel il s'est mis. S'habille. Lentement. Se parfume. Et sort.
La retrouver.

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